Ici arrivent les mouettes

PréfaceIci arrivent les mouettes 

Parmi les centaines d’espèces d’oiseaux résidents ou de passage à Malte figurent plusieurs types demouettes. A distance, l’observateur perçoit leur parent de couleurs, de comportements, leur façon commune de glisser sous le vent. Vues de près, elles se distinguent par les modulations de leur chant, leur morphologie, la tonalité de leur plumage.

La génération d’écrivains à laquelle appartient Adrian Grima ne constitue pas, elle non plus, un ensemble homogène. Au mieux une volée de gruppetti dépareillés, ces festons qui tissent autour des notes un écheveau mélodique. Tiraillés entre plusieurs pays, langues, cultures, leur existence vagabonde, y compris pour ceux – et celles – qui travaillent à temps plein, à Malte ou à l’étranger, dessine des flux en pointillés. Leur production, souvent publiée à compte d’auteur, s’éploie dans la poésie directe, les nouvelles,les pièces de théâtre. Géographiquement dispersés, certains ne se sont jamais rencontrés. Mais tous se polarisent autour du maltais – cette langue « de la cuisine » longtemps cantonnée à l’oralité – dont ils explorent les possibilités, à la recherche de sonorités étrangères, inconnues.

Au sein de cette polyphonie en mode mineur, la voix d’Adrian Grima, qui trace son sillon à mezzo voce, ne porte pas sur les contrastes bruyants, ostentatoires, si immédiatement perceptibles en Méditerranée. Elle s’attarde sur la densité des silences, l’empreinte d’un corps, le rouge d’un géranium, un rai lumineux sur une chevelure, l’attente, le jaillissement poétique, la fragilité de l’écriture. Infimes détails, faibles lueurs, certes, mais où se manifeste toute l’intensité de la vie.

Sa poésie, composée autant pour être partagée dansles cafés, les ruelles, les boites de jazz que pour être dégustée en solitaire, incite à une prise de position. Elle offre sa voix aux enfants, aux femmes, aux vieillards, aux immigrés irréguliers, aux soldats mis à l’index, aux défenseurs de la nature, à des villes entières même, comme à ceux qui n’ont pas souvent la possibilité de prendre la parole. Il faut avoir vu Adrian dire ses textes en public pour prendre la mesure du changement d’état émotionnel et physique que peut produire la lecture d’un poème écrit pour des minorités.

Ce livre d’Adrian Grima, son premier traduit en français à partir du maltais, rassemble un choix de cinquante poésies agencées selon des graduations de tonalités. Les textes ont été écrits sur une toile de fond chronologique qui va de 1989 à 2011. Elle s’ouvre avec le sommet américano-soviétique de Malte constatant la fin de la guerre froide et se clôt avec l’approbation du divorce par les maltais, sept ans après leur entrée dans l’Union Européenne. C’est dire l’importance des mutations survenues au cours de la période de rédaction de ces poèmes.

Il n’est pas fréquent que le public français ait accès, dans sa langue, à une anthologie de poèmes écrits en maltais, cette langue « européenne » si proche de l’arabe. Puisse cette traduction d’Elizabeth Grech faire découvrir au lecteur francophone, à travers la poésie d’Adrian Grima, la puissance de créativité de la langue maltaise.

Philippe PARIZOT-CLERICO


Darine Habchi, Ici arrivent les mouettes: Un véritable hymne à la vie

elizabeth-grech
Elizabeth Grech

Darine Habchi has published an article on United Fashion for Peace on Adrian Grima’s poetry translated into French by Elizabeth Grech and published in a book, Ici arrivent les mouettes / Hawn Jidħol il-Gawwi by the Fondation de Malte (November 2012). The article, which includes an interview with Elizabeth Grech, is called Ici arrivent les mouettes: Un véritable hymne à la vie.

The following questions by Darine Habchi were answered by Elizabeth Grech on December 14 2012:

D’où vient le titre ?
Le titre correspond au titre de l’un des poèmes du recueil d’Adrian Grima que j’ai traduit. Nous avons fait le choix du titre ensemble avec l’éditeur et Philippe Parizot qui a écrit la préface. Comme l’évoque la préface, les mouettes ne font pas seulement allusion à ces oiseaux si présents en Méditerranée, et notamment à Malte, mais aussi à celles et ceux qui traversent les frontières, voyagent à travers le temps et dans des “espaces autres”. C’est aussi une façon de parler de la nouvelle génération d’écrivains maltais, dont beaucoup sont géographiquement dispersés, mais qui se retrouvent dans leur travail sur et dans la langue maltaise.

Combien de temps a t-il fallu à l’auteur pour rédiger ce livre ? Pourquoi l’auteur a t-il choisi de reccuillir une compilations de poèmes datant de plusieurs années sur un seul et même livre?

Ce livre n’a pas été rédigé d’une seule traite. Il y a huit ans, j’ai rencontré Adrian Grima qui m’a demandé de lui traduire en français un poème écrit pour un congolais, car il souhaitait le lui faire lire. C’était le poème intitulé “Distanzi/Distances”. A partir de là ont découlé plusieurs années d’échanges de mails, de poésies, de traductions, de discussions sur le choix des mots mais aussi une sincère amitié entre nous et nos familles. Ce recueil est composé d’un choix de cinquante poésies qui couvrent une période de vingt ans, et que j’ai mis huit années à traduire. Le choix de poèmes a été élaboré avec Adrian Grima, bien sûr, en collaboration de David Busuttil, directeur de la Fondation de Malte, un éditeur courageux. Il a porté avec nous ce projet dès ses débuts et connaît les poésies aussi bien que le poète et que moi.

Quel est le message de ce recueil ?

L’auteur serait sans doute le mieux placé pour répondre à cette question. Je ne crois pas que le but de ce projet, de ce travail, soit de transmettre un message ou un sens particulier. Chaque poème peut produire des effets très différents d’un lecteur à un autre, amener chacun dans des directions insoupçonnées. C’est un recueil qui raconte des histoires, des rencontres en poésie, des histoires humaines, la rencontre du poète avec lui-même, ses expériences dans l’espace, dans la vie, son émerveillement devant la nature, ses réactions face à des événements sociaux, politiques, les injustices auxquelles Adrian Grima donne une voix, une couleur, une densité.

S’adresse t-il essentiellement aux amoureux de la nature ?  

Ce recueil ne s’adresse pas seulement aux amoureux de la nature mais à tout le monde, aux amoureux de la vie, de l’humain.

Le travail de traduction a t-il était dur à réaliser et combien de temps avez-vous mis pour traduire cette œuvre ?

La traduction littéraire est une tâche ardue surtout lorsqu’on traduit vers une langue qui n’est pas notre langue maternelle. C’est pourquoi nous avons collaboré avec Mohamed Al Amraoui, poète franco-marocain et Philippe Parizot, le préfacier, qui nous ont aidé pour la relecture de la version française. Ensuite, la maltais et le français sont deux langues complètement différentes : l’une est “jeune”, longtemps restée minoritaire et orale, l’autre dispose d’une histoire séculaire, bien ancrée, qui a été imposée par un Etat centralisé à ses périphéries. Le maltais est plus flexible que le français. Certaines phrases traduites du maltais en français sont longues, ce qui oblige à recomposer pour insuffler un rythme. C’est une véritable expérimentation et un travail assez long. J’ai commencé à traduire les poésies d’Adrian par plaisir sans but précis. Une fois que j’avais accumulé beaucoup de poèmes traduits, nous avons décidé de les publier. C’est pourquoi cela m’a pris autant de temps.


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s